“De longues heures durant, il faut s’installer devant les robes vivantes de Didier Hagège pour qu’elles déteignent sur soi, si l’on ose dire. Pour se laisser imprégner par une atmosphère, un souffle, des senteurs qu’on perçoit derrière elles sans les distinguer.
Puis on se prend à avoir envie de se déplacer et d’aller derrière les tableaux pour toucher la matière et trouver des réponses dans l’envers du décor. On cherche la bonne distance de contemplation, d’imprégnation, jusqu’à comprendre qu’il faut bouger devant la toile, avancer, reculer, pencher la tête sur le côté pour saisir l’œuvre sous tous les angles de lumière.
D’ici, on aperçoit une abeille ou une cigale. De là, on surprend une arrête de poisson, témoignage d’une sédimentation, là encore un pot avec une plante dégoulinante qui tente une sortie, mais l’œil finit toujours par revenir au nombril du monde, attiré par les robes flamboyantes d’où jaillissent de surprenantes couleurs vitales. C’est le cœur de l’œuvre de Didier hagège. Géographie complexe, mouvante, hétéroclyte, d’où jaillit un hymne au printemps, un printemps qui s’invite partout, par les manches, par le corsage, par les dessous. (...)”
Azouz Begag, Printemps de mousseline, catalogue Défilé