“Et sculpteur, Kennett l’est au plus haut degré. Quant à ce qui le touche au plus vif c’est à n’en pas douter - plusieurs œuvres en témoignent - la souffrance et bien davantage encore, la mort. Mais, sa réputation désormais faite, il ne tient pas à profiter de cet acquis. Il se trouve actuellement en quête d’autre chose. Le bronze, trop dépendant des nuances limitées de la patine, le laisse insatisfait. Il cherche à y inclure la couleur, mieux encore la lumière. Et l’on se trouve en présence d’étranges œuvres ponctuées de petits carreaux brillants d’émaux de Briare. La rupture est nette avec ce qui précédait. Il semble que Kennett, comme les serpents qu’il affectionne, traverse une période de mue. Il est intéressant d’y voir apparaître la figure humaine qui d’ailleurs n’était pas absente de son œuvre puisque le portrait est pour lui une pratique régulière. Mais il s’agit ici de têtes idéalisées. L’une d’elles est couverte comme par un masque ou un maquillage d’émaux de toutes couleurs mais cette parure peut aussi être vue comme une enveloppe protectrice pour un personnage meurtri. Il semble que Kennett veuille se rapprocher des primitifs, d’un art de la conjuration ou bien de l’envoûtement. En tous cas, les émaux carrés qu’il aime pour leur caractère impersonnel de produit industriel, introduisent un élément géométrique en contradiction avec la souplesse de son geste, la ductilité de son modèle. Autre abandon apparemment. Ces œuvres interrogent.”
Sylvain Lecombre,
Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris.